Elisabeth Eidenbenz est née en 1913 près de Zurich et morte en 2011 à Zurich. Elle
était la fille d’un pasteur protestant. Elle travailla d’abord comme institutrice
en Suisse et au Danemark, avant de décider de s’engager comme travailleuse humanitaire
au sein de l’Asociación de Ayuda a los Niños en Guerra (Association d’aide
aux enfants en guerre). Elle avait 24 ans lorsqu’elle rejoignit des amis près de
Valence, en Espagne, pour s’occuper, de 1937 à 1939, des enfants devenus victimes de
la guerre civile. Puis les troupes de Franco marchèrent sur Barcelone et Madrid
et poussèrent les républicains à l’exil, notamment vers la France. Après la chute
de la République espagnole, Elisabeth gagna la France, où elle ne fut toutefois pas
accueillie comme elle l’avait espéré. Le Front populaire avait cédé la place au
radical Édouard Daladier, et la xénophobie régnait. Les lois contre les étrangers
se multiplièrent, jusqu’au décret de 1939 qui institua les camps d’internement,
destinés à enfermer les républicains espagnols, les brigadistes internationaux et
les « personnes indésirables ». En l’espace de deux semaines, près de 500 000
républicains espagnols arrivèrent en France et furent enfermés, dans un dénuement total,
dans des camps de fortune comme celui d’Argelès-sur-Mer, où jusqu’à 180 000
personnes étaient entassées dans des conditions sanitaires effroyables. Faute de
nourriture et à cause des maladies, de nombreux nourrissons moururent. Bouleversée par
les conditions de vie dans les camps, Elisabeth décida de venir en aide aux enfants,
aux femmes enceintes et aux jeunes mères. Après une première tentative d’installation
à Brouilla, elle trouva dans la commune voisine d’Elne une demeure abandonnée
qu’elle transforma en maternité, où furent accueillies, de 1939 à 1944, des
mères sur le point d’accoucher, internées dans les camps d’Argelès, de Rivesaltes,
de Saint-Cyprien et de Gurs. Le bon fonctionnement de cette maternité reposa d’abord
sur des dons qui affluaient de toute l’Europe. Mais avec le début de la Seconde
Guerre mondiale, ces dons se firent rares, tandis que les réfugiés de France et de
toute l’Europe commençaient à affluer. L’ensemble du personnel travaillait
bénévolement. C’est pourquoi la maternité dut nouer un partenariat avec l’Œuvre suisse
d’entraide ouvrière (SAH), qui fusionna plus tard avec la Croix-Rouge suisse (CRS).
Elle fut contrainte de se plier à la politique de neutralité de la Suisse, qui
interdisait d’accorder refuge aux réfugiés politiques, et en particulier aux Juifs.
Il fut décidé de falsifier l’identité des patientes afin de contourner cette règle
; c’est ainsi que, malgré la surveillance de la Gestapo, furent sauvés 400 enfants
espagnols, 200 Juifs – dont Renée, la sœur de Sylvie Séror – et 10 « Tsiganes
». La maternité n’en fut pas moins réquisitionnée par la Wehrmacht en avril 1944.
À la fin de la guerre, le contrat d’Elisabeth Eidenbenz avec la Croix-Rouge suisse
ne fut pas renouvelé, pour cause d’insubordination. La Maternité suisse dut
déménager à Montagnac, près de Montpellier. Après la Libération, Elisabeth retourna à
Zurich. Collaboratrice du Don suisse en faveur des victimes de la guerre, elle partit
en 1946 à Vienne pour l’œuvre des Églises protestantes suisses : elle s’occupait
d’enfants réfugiés et de femmes victimes de viols de guerre. Plus tard, elle
dirigea, avec une amie autrichienne, Henriette Hierhammer, des foyers pour femmes.
Dans la banlieue de Hadersdorf, elle fonda le foyer pour enfants « Schweizer Haus
», soutenu par l’œuvre d’entraide HEKS (Entraide protestante suisse), qu’elle dirigea
jusqu’à son départ à la retraite en 1975. Les deux amies vécurent ensuite à
Rekawinkel, dans le Wienerwald (la Forêt viennoise). En 2008, Elisabeth Eidenbenz
retourna à Zurich, où elle mourut en 2011. De 2001 à 2009, elle reçut neuf distinctions,
parmi lesquelles le titre de « Juste parmi les nations », décerné par le
mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, et celui de « chevalier de la Légion d’honneur ».